Pourquoi est-ce que je sabote ce qui pourrait me rendre heureux ? Suis-je dans l'auto-sabotage

Pourquoi est-ce que je suis dans l'auto-sabotage dans ce qui pourrait me rendre heureux ?
Temps de lecture : environ 10 minutes

Vous rencontrez enfin quelqu’un qui vous plaît.
La relation commence bien.
Vous vous sentez bien.
Et puis quelque chose change.
Vous commencez à douter.
Vous cherchez ce qui ne va pas.
Vous prenez vos distances.
Vous provoquez une discussion.
Ou vous trouvez soudainement mille raisons de partir.
Quelques semaines plus tard, une pensée revient :
« Pourquoi est-ce que je fais toujours ça ? »
Le même scénario peut se produire dans le travail.
Une opportunité arrive.
Vous la vouliez.
Vous l’attendiez.
Et au moment où elle devient réelle, vous commencez à avoir peur.
Vous procrastinez.
Vous doutez de vos capacités.
Vous imaginez toutes les raisons pour lesquelles cela pourrait mal se passer.
Et parfois, vous finissez par renoncer.
Puis vous vous dites :
« J’ai encore tout gâché. »
On parle alors souvent d’auto-sabotage.
Mais cette expression mérite d’être regardée autrement.
Parce que derrière certains comportements qui semblent aller contre nos propres intérêts, il n’y a pas forcément une volonté de nous faire échouer.
Il peut y avoir une tentative de nous protéger.
Et c’est là que le sujet devient beaucoup plus intéressant.
Qu’est-ce que l’auto-sabotage ?
L’auto-sabotage désigne généralement des comportements ou des choix qui semblent empêcher une personne d’atteindre quelque chose qu’elle souhaite pourtant.
Par exemple :
repousser systématiquement une action importante ;
abandonner au moment où les choses commencent à fonctionner ;
rechercher constamment un défaut chez l’autre ;
ne jamais se sentir suffisamment prêt ;
éviter de prendre sa place ;
se dévaloriser avant même d’essayer ;
provoquer une rupture lorsque la relation devient importante ;
multiplier les excuses pour ne pas passer à l’action.
Mais il y a une nuance essentielle.
Un comportement qui ressemble à du sabotage peut avoir une fonction.
Il peut permettre d’éviter une peur, une déception, une exposition au jugement ou une situation vécue comme incertaine.
Autrement dit :
ce qui ressemble à de l’auto-sabotage de l’extérieur peut parfois être une stratégie de protection de l’intérieur.
« Je veux être heureux… alors pourquoi est-ce que je recule ? »
C’est tout le paradoxe.
Une partie de vous peut sincèrement vouloir une relation stable.
Une autre peut redouter ce que cette relation implique.
Une partie de vous veut évoluer professionnellement.
Une autre peut craindre les responsabilités qui viennent avec cette évolution.
Une partie de vous souhaite être visible.
Une autre redoute le regard des autres.
Nous ne sommes pas toujours intérieurement aussi cohérents que nous l’imaginons.
Il est possible de vouloir deux choses contradictoires en même temps.
Avancer et se protéger.
Changer et rester dans le connu.
Être aimé et craindre l’intimité.
Réussir et avoir peur des conséquences de la réussite.
Cette contradiction n’est pas nécessairement un dysfonctionnement.
Elle peut simplement refléter plusieurs besoins qui se confrontent.
Le cerveau préfère-t-il vraiment le bonheur ?
Pas exactement.
Le cerveau n’a pas pour mission principale de nous rendre heureux.
Il cherche notamment à détecter les dangers, à anticiper et à favoriser notre adaptation.
Et le changement implique de l’incertitude.
Même un changement positif.
C’est pourquoi quelque chose de nouveau peut être attirant et inquiétant en même temps.
Imaginez que vous ayez toujours vécu dans une pièce familière.
Elle n’est pas parfaite.
Mais vous connaissez chaque meuble.
Chaque bruit.
Chaque recoin.
Puis quelqu’un ouvre une porte vers une autre pièce.
Elle semble plus grande.
Plus lumineuse.
Mais vous ne savez pas exactement ce qui s’y trouve.
Une partie de vous a envie d’entrer.
Une autre préfère rester là où elle sait à quoi s’attendre.
Le connu n’est pas toujours confortable. Mais il est prévisible.
Cette difficulté à accepter l'incertitude rejoint aussi ce que j'explique dans mon article sur le besoin de contrôle et de lâcher-prise.
Pourquoi reproduisons-nous parfois ce que nous voudrions justement changer ?
Parce que nos comportements ne dépendent pas uniquement de nos intentions conscientes.
Nous avons tous développé des habitudes de pensée et de réaction.
Certaines sont utiles.
D’autres ont pu être adaptées à une période de notre vie mais devenir moins pertinentes ensuite.
Prenons quelqu’un qui a appris qu’il ne fallait jamais montrer sa vulnérabilité.
Cette stratégie peut l’avoir aidé à traverser certaines situations.
À l’âge adulte, elle peut cependant rendre l’intimité difficile.
La personne peut souhaiter une relation profonde tout en gardant systématiquement une distance émotionnelle.
Elle ne cherche pas consciemment à saboter la relation.
Elle reproduit une manière de se protéger qu’elle connaît.
Le problème n’est pas toujours le comportement
C’est une distinction importante.
Si vous procrastinez, par exemple, on pourrait simplement conclure :
« Je manque de discipline. »
Mais pourquoi procrastinez-vous ?
Parce que vous êtes paresseux ?
Ou parce que commencer signifie risquer de ne pas être à la hauteur ?
Si vous repoussez une relation :
Parce que l’autre ne vous convient réellement pas ?
Ou parce que la proximité vous rend vulnérable ?
Si vous refusez une opportunité :
Parce qu’elle ne correspond pas à vos valeurs ?
Ou parce que réussir vous exposerait davantage ?
Le comportement visible ne donne pas toujours accès à la raison profonde du comportement.
C’est pourquoi le jugement est rarement le meilleur point de départ.
La curiosité est souvent beaucoup plus intéressante.
« Et si je n’étais pas assez bien ? »
Certaines formes d’auto-sabotage sont liées à l’image que nous avons de nous-mêmes.
Lorsqu’une personne se considère inconsciemment comme incapable, indigne, inintéressante ou vouée à l’échec, une situation positive peut entrer en contradiction avec cette représentation.
Elle réussit.
Mais sa représentation d’elle-même dit :
« Ce n’est pas possible. »
Alors elle cherche une explication.
« J’ai eu de la chance. »
« Ce n’est qu’un coup de chance. »
« Ils vont bientôt se rendre compte que je ne suis pas à la hauteur. »
Et cette tension peut devenir très inconfortable.
Le problème n’est alors pas seulement la situation.
C’est le décalage entre ce qui arrive et ce que nous croyons possible pour nous-mêmes.
La peur de réussir existe-t-elle vraiment ?
Oui, même si l’expression peut être simplificatrice.
Réussir implique parfois davantage de responsabilités, de visibilité, d’attentes ou de changements.
Une personne peut donc désirer un résultat et craindre certaines conséquences qui l’accompagnent.
Prenons quelqu’un qui rêve de développer son activité.
Lorsqu’il reçoit ses premiers clients, une nouvelle inquiétude apparaît :
« Et si je n’arrivais plus à suivre ? »
Le succès devient alors lui-même une source de stress.
La personne ralentit.
Elle repousse.
Elle refuse certaines opportunités.
De l’extérieur, cela ressemble à du sabotage.
De l’intérieur, cela peut ressembler à une tentative de retrouver une sensation de sécurité.
Pourquoi l’amour peut-il faire peur ?
La proximité émotionnelle nous rend vulnérables.
Lorsque quelqu’un devient important pour nous, nous avons davantage à perdre.
Pour certaines personnes, cela peut réveiller différentes inquiétudes :
être abandonné ;
être rejeté ;
perdre sa liberté ;
être déçu ;
ne pas être suffisamment aimé ;
finir par souffrir.
La personne peut alors rechercher inconsciemment une sortie.
Elle trouve des défauts.
Elle analyse excessivement.
Elle teste l’autre.
Elle crée de la distance.
Puis, lorsque la relation se termine, elle ressent parfois un soulagement… suivi d’un manque.
Le problème n’était peut-être pas l’absence de désir d’aimer.
C’était la difficulté à se sentir suffisamment en sécurité dans la relation.
Le lien avec les schémas répétitifs
C’est ici que notre article précédent sur les schémas répétitifs prend tout son sens.
Lorsqu’un même scénario revient :
« Je rencontre quelqu’un → je m’attache → je prends peur → je crée de la distance → la relation se termine »
il devient intéressant de regarder la séquence complète.
Non pour se juger.
Mais pour identifier le moment précis où le fonctionnement change.
Qu’est-ce qui déclenche la peur ?
Quelle pensée apparaît ?
Quelle sensation corporelle arrive ?
Quel comportement suit ?
Et surtout :
qu’est-ce que ce comportement permet d’éviter ?
C’est souvent cette dernière question qui ouvre une nouvelle perspective.
L’auto-sabotage peut-il être une forme de protection ?
Dans certains cas, oui.
Imaginez une personne qui a peur d’être rejetée.
Si elle ne s’engage jamais vraiment, elle réduit le risque d’être rejetée.
Mais elle réduit aussi considérablement ses chances de construire une relation profonde.
Le mécanisme fonctionne donc parfaitement à court terme.
Il réduit la peur.
Mais il a un coût à long terme.
C’est le paradoxe de nombreuses stratégies de protection :
elles peuvent être efficaces immédiatement tout en devenant limitantes avec le temps.
Pourquoi est-il si difficile de changer un automatisme ?
Parce que savoir ne suffit pas toujours.
Vous pouvez parfaitement comprendre votre fonctionnement et continuer à réagir de la même manière.
C’est un peu comme connaître le trajet d’une route sans pour autant changer automatiquement votre façon de conduire.
Le changement implique souvent de nouvelles expériences.
Observer autrement.
Expérimenter une nouvelle réponse.
Tolérer une sensation inconfortable sans revenir immédiatement à l’ancien comportement.
Et répéter.
Petit à petit.
C’est ainsi qu’une nouvelle manière de fonctionner peut devenir plus familière.
Que faire lorsque vous avez l’impression de vous saboter ?
Commencez par abandonner le jugement.
Au lieu de :
« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »
essayez :
« Qu’est-ce que ce comportement cherche peut-être à éviter ? »
Puis observez quatre éléments.
1. Ce que vous voulez
Quel est votre objectif réel ?
2. Ce qui vous fait peur
Que redoutez-vous si vous obtenez réellement ce que vous souhaitez ?
3. Le moment du basculement
À quel moment commencez-vous à reculer ?
4. Le bénéfice immédiat
Que ressentez-vous après avoir évité, repoussé ou abandonné ?
Souvent, la réponse est :
du soulagement.
Et ce détail est précieux.
Parce qu’il indique que le comportement a peut-être une fonction.
Quelle place peut avoir l’hypnose ?
L’hypnose peut être utilisée comme outil d’accompagnement lorsque certaines réactions sont devenues automatiques et difficiles à modifier par la seule réflexion.
Elle peut notamment permettre de travailler sur les représentations, les associations, l’attention et certaines réponses habituelles.
L’objectif n’est pas de « programmer » quelqu’un pour qu’il réussisse.
Il ne s’agit pas non plus de supprimer une partie de soi.
Il peut plutôt s’agir d’explorer autrement certains mécanismes et de favoriser de nouvelles possibilités de réaction.
Comme toujours, l’hypnose ne constitue pas une solution universelle et son intérêt dépend de la situation de chaque personne.
Et si vous n’étiez pas en train de vous saboter ?
C’est peut-être la question la plus intéressante de cet article.
Et si une partie de vous essayait simplement de vous protéger avec les moyens qu’elle connaît ?
Cela ne signifie pas qu’il faut conserver le comportement.
Cela signifie qu’il devient possible de le regarder autrement.
Au lieu de :
« Je suis mon propre problème. »
on peut commencer par :
« Une partie de mon fonctionnement cherche probablement à éviter quelque chose. »
Cette différence change la relation que l’on entretient avec soi-même.
On passe du combat à l’observation.
Du jugement à la compréhension.
Et parfois, c’est précisément dans cet espace que le changement devient possible.
Le regard de Frédéric Blanc
Lorsque quelqu’un me dit :
« Je sais exactement ce que je devrais faire, mais je n’arrive pas à le faire. »
je ne commence pas par chercher davantage de volonté.
Je cherche à comprendre ce qui se passe au moment précis où la personne change de direction.
Parce que derrière un comportement qui semble irrationnel se trouve parfois une logique.
Une peur.
Une anticipation.
Un besoin de sécurité.
Une croyance.
Un apprentissage ancien.
Et cette logique mérite d’être comprise avant d’être combattue.
Je ne considère pas l’être humain comme une machine qu’il faudrait reprogrammer.
Je préfère l’idée d’un système qui a appris à fonctionner d’une certaine manière et qui peut progressivement découvrir qu’il existe d’autres possibilités.
À retenir
L’auto-sabotage décrit des comportements qui semblent empêcher d’obtenir ce que l’on souhaite.
Un comportement de ce type peut parfois avoir une fonction de protection.
Vouloir quelque chose et en avoir peur peuvent parfaitement coexister.
Le cerveau peut préférer le connu à l’incertitude, même lorsque le changement serait positif.
Comprendre la fonction d’un comportement est souvent plus utile que de se juger.
Les schémas répétitifs peuvent aider à repérer les mécanismes qui se reproduisent.
Le changement ne dépend pas uniquement de la volonté consciente.
L’hypnose peut accompagner certaines personnes dans l’exploration de leurs automatismes et représentations.
Savoir ne suffit pas toujours. Le mental peut alors reprendre le dessus, analyser, anticiper et faire tourner les mêms questions en boucle.
Questions fréquentes
Pourquoi est-ce que je sabote toujours mes relations ?
Plusieurs facteurs peuvent intervenir : peur du rejet, peur de l’abandon, difficulté avec la vulnérabilité, habitudes relationnelles ou expériences passées. Il n’existe pas une cause unique valable pour tout le monde.
Pourquoi est-ce que je détruis ce qui fonctionne ?
Lorsqu’une situation positive devient source d’incertitude ou de vulnérabilité, certains comportements peuvent servir à retrouver rapidement une sensation de contrôle ou de sécurité.
Est-ce que l’auto-sabotage est inconscient ?
Certains comportements peuvent être automatiques et ne pas être pleinement conscients. Cela ne signifie pas qu’ils proviennent nécessairement d’un mécanisme mystérieux ou caché.
Pourquoi ai-je peur de réussir ?
La réussite peut entraîner davantage de responsabilités, de visibilité ou d’attentes. Pour certaines personnes, ces conséquences sont suffisamment inconfortables pour créer une forme d’appréhension.
Comment arrêter de s’auto-saboter ?
La première étape consiste souvent à identifier les situations répétitives, le moment où le comportement change et ce que ce comportement permet d’éviter ou de soulager à court terme.
L’hypnose peut-elle aider contre l’auto-sabotage ?
L’hypnose peut être utilisée comme outil d’accompagnement pour explorer certains automatismes, représentations et réactions émotionnelles. Elle ne garantit pas un résultat et ne remplace pas une prise en charge adaptée lorsque celle-ci est nécessaire.
En conclusion
Peut-être que vous n’êtes pas votre propre ennemi.
Peut-être qu’une partie de vous essaie simplement de vous protéger.
Le problème, c’est qu’une stratégie qui était utile hier peut devenir limitante aujourd’hui.
Éviter la déception peut empêcher de vivre une relation profonde.
Éviter l’échec peut empêcher d’essayer.
Éviter le jugement peut empêcher de prendre sa place.
Éviter l’incertitude peut empêcher de changer.
Alors, la prochaine fois que vous vous surprenez à faire exactement ce que vous vous étiez promis de ne plus faire, essayez une autre question.
Pas :
« Pourquoi est-ce que je fais encore ça ? »
Mais :
« Qu’est-ce que j’essaie de protéger en faisant ça ? »
La réponse n’arrivera peut-être pas immédiatement.
Mais cette question ouvre déjà une porte.
Et parfois, le véritable changement commence précisément là :
lorsque l’on cesse de se combattre pour commencer à se comprendre.
Vous souhaitez échanger sur votre situation ? Je vous accueille à Saint-Girons en Ariège ou à distance pour un premier contact.
Pour aller plus loin
Vous souhaitez explorer certaines problématiques plus en détail ?



Commentaires