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Pourquoi certaines émotions restent-elles bloquées pendant des années ?

Photo du rédacteur: Frédéric Blanc
Frédéric Blanc
28 août
10 min de lecture

Ces émotions qui restent bloquées pendant des années !

Temps de lecture : environ 10 minutes


Personne contemplant son reflet dans une fenêtre, symbolisant les émotions anciennes et le travail émotionnel.
Certaines réactions appartiennent au présent, d'autres portent encore la trace de notre histoire.

Il y a des émotions dont on pense être débarrassé.

Une vieille colère.

Une peur qui semblait avoir disparu.

Une tristesse que l’on croyait avoir dépassée.

Et puis, un jour, une situation appuie exactement au bon endroit.

Une phrase.

Un regard.

Une séparation.

Une odeur.

Une date.

Une personne.

Et quelque chose revient.

Parfois avec une intensité surprenante.

Vous pouvez alors vous demander si c'est une émotion :

« Pourquoi est-ce que je ressens encore ça alors que cette histoire est terminée depuis longtemps ? »

La question est légitime.

Et elle mérite mieux qu’un simple :

« Il faut passer à autre chose. »

Parce qu’une émotion n’est pas un interrupteur que l’on peut simplement éteindre.

Elle fait partie d’un ensemble beaucoup plus complexe : notre histoire, notre perception des événements, nos souvenirs, nos apprentissages, nos réactions corporelles et notre manière actuelle d’interpréter ce qui nous arrive.

Et parfois, ce que nous appelons une émotion « bloquée » correspond surtout à une réaction qui continue de se déclencher alors que la situation initiale, elle, appartient au passé.


Une émotion peut-elle vraiment rester bloquée ?

L’expression "émotion bloquée" est couramment utilisée.

Elle peut être utile pour décrire une expérience subjective : avoir l’impression qu’une émotion n’a pas été digérée, qu’elle revient régulièrement ou qu’une réaction semble disproportionnée par rapport à la situation présente.

Mais il faut éviter de comprendre cette expression comme si une émotion était littéralement stockée quelque part dans le corps pendant des années.

Les émotions sont des processus dynamiques.

Elles impliquent notamment notre cerveau, notre système nerveux, notre corps, notre attention et notre interprétation d’une situation.

Lorsqu’une réaction émotionnelle revient régulièrement, la question intéressante n’est donc pas forcément :

« Où est stockée cette émotion ? »

mais plutôt :

« Qu’est-ce qui continue à déclencher cette réaction aujourd’hui ? »

Cette nuance est importante.

Elle permet de rester à la fois à l’écoute de son expérience et prudent dans son interprétation.


Pourquoi une vieille situation peut-elle encore nous toucher ?

Imaginez que vous entendiez une chanson.

En quelques secondes, elle vous ramène plusieurs années en arrière.

Vous retrouvez une ambiance.

Un lieu.

Une personne.

Une période de votre vie.

Et parfois, une émotion apparaît avec le souvenir.

Le cerveau ne traite donc pas nos expériences passées comme une simple bibliothèque de faits froids.

Certains souvenirs sont associés à des sensations, des émotions, des contextes et des significations personnelles.

C’est pourquoi un événement ancien peut encore influencer notre réaction à une situation actuelle.

Cela ne signifie pas que nous sommes « coincés dans le passé ».

Cela signifie que notre histoire participe à la manière dont nous percevons le présent.


Le cerveau apprend par association

Imaginez un enfant qui tombe dans l’eau.

La fois suivante, il peut devenir méfiant lorsqu’il approche d’une piscine.

Son cerveau a appris une association :

eau → danger potentiel

Cette association peut être utile.

Elle permet d’éviter une nouvelle expérience désagréable.

Mais le cerveau peut aussi généraliser.

Et parfois, une réaction apprise dans un contexte précis se déclenche ensuite dans des situations qui lui ressemblent seulement partiellement.

Chez l’adulte, cela peut donner des choses beaucoup plus subtiles.

Une critique peut réveiller une peur du rejet.

Un silence peut provoquer une inquiétude.

Un conflit peut déclencher une tension importante.

Une séparation peut réveiller une ancienne peur d’abandon.

La situation actuelle n’est pas nécessairement identique à l’expérience passée.

Mais quelque chose dans celle-ci peut être suffisamment similaire pour réactiver un ancien fonctionnement.


Quand la tête a compris… mais que la réaction reste

C’est une phrase que j’entends souvent :

« Je sais pourtant que je ne devrais plus avoir peur. »

Ou :

« Je sais que cette personne n’est plus dans ma vie, mais je réagis encore. »

C’est là que la différence entre compréhension intellectuelle et réaction automatique devient intéressante.

Vous pouvez comprendre parfaitement qu’un événement appartient au passé.

Mais comprendre quelque chose ne suffit pas toujours à modifier immédiatement une réaction émotionnelle.

Prenons un exemple.

Vous savez rationnellement qu’un message sans réponse ne signifie pas que quelqu’un vous rejette.

Mais votre ventre se serre.

Votre esprit commence à imaginer différents scénarios.

Vous vérifiez votre téléphone.

Vous cherchez une explication.

Vous savez que votre réaction est peut-être excessive.

Et pourtant, elle est bien là.

La connaissance est consciente. La réaction peut être beaucoup plus automatique.

Cette réaction peut également s'accompagner de pensées qui tournent en boucle.


Les émotions peuvent-elles se manifester dans le corps ?

Oui.

Une émotion n’est pas uniquement une pensée.

Elle peut s’accompagner de nombreuses réactions corporelles : tension musculaire, accélération du rythme cardiaque, modification de la respiration, sensation de chaleur, boule au ventre ou besoin de bouger.

C’est notamment pour cette raison que certaines personnes disent :

« Je ne sais pas ce que j’ai, mais mon corps réagit. »

Le corps peut donc être un excellent point d’observation.

Mais attention à une confusion fréquente :

une sensation physique n’est pas automatiquement la preuve d’une émotion cachée.

Une douleur ou un symptôme persistant peut avoir de nombreuses causes et mérite, si nécessaire, une évaluation médicale.

L’approche émotionnelle doit compléter le discernement, pas le remplacer.

Certaines personnes ressentent notamment leurs réactions émotionnelles sous formes de tensions, de noeuds ou de sensations dans le ventre; J'en parle plus précisément dans cet article : Pourquoi ai-je une boule au ventre sans raison ?


Pourquoi certaines personnes ont-elles appris à retenir leurs émotions ?

Nous développons tous des stratégies d’adaptation.

Certaines sont conscientes.

D’autres apparaissent très tôt dans notre vie.

Un enfant peut apprendre que pleurer ne change rien.

Qu’il vaut mieux rester calme.

Qu’il ne faut pas faire de vagues.

Qu’il faut être gentil.

Qu’il faut réussir.

Qu’il faut être fort.

Ces apprentissages peuvent ensuite devenir des habitudes.

À l’âge adulte, la personne peut être parfaitement fonctionnelle tout en ayant beaucoup de difficultés à reconnaître ou exprimer certaines émotions.

Elle ne ressent pas forcément moins.

Elle peut simplement avoir appris à ne pas montrer, à ne pas écouter ou à mettre rapidement de côté ce qui la traverse.


Quand « passer à autre chose » ne suffit pas

On entend souvent :

« C’est du passé. »

C’est vrai.

Mais une expérience peut appartenir au passé tout en continuant à influencer certains comportements présents.

Imaginez une cicatrice.

La blessure est terminée.

Mais la zone peut rester différente.

Une expérience émotionnelle peut fonctionner de manière comparable sur le plan métaphorique : l’événement n’est plus là, mais certaines associations, croyances ou habitudes de réaction peuvent avoir perduré.

Le travail n’est alors pas forcément de revivre l’événement.

Il peut consister à comprendre ce qui, aujourd’hui, continue à entretenir la réaction.


Pourquoi certaines situations se répètent-elles ?

C’est ici que la notion de schémas répétitifs devient intéressante.

Une personne peut constater :

« Je me retrouve toujours avec le même type de relation. »

Une autre :

« Je panique toujours lorsqu’on me critique. »

Une autre encore :

« Dès que quelqu’un prend ses distances, je me sens immédiatement rejeté. »

La répétition peut nous donner une information.

Elle permet d’observer un fonctionnement plutôt que de considérer chaque situation comme un événement complètement isolé.

Si vous avez cette impression, vous pouvez également lire :

Pourquoi je répète toujours les mêmes schémas dans ma vie ?

L’objectif n’est pas de chercher une cause unique à tout.

C’est d’identifier les mécanismes qui se reproduisent.


Une émotion n’a pas toujours besoin d’être « supprimée »

C’est une idée essentielle.

Nous cherchons parfois tellement à ne plus ressentir une émotion que nous entrons en conflit avec elle.

« Je ne veux plus avoir peur. »

« Je ne veux plus être triste. »

« Je ne veux plus être en colère. »

Mais lutter contre une émotion peut parfois ajouter une deuxième couche de tension.

Il y a alors :

l’émotion

plus

le refus de ressentir l’émotion.

Une autre approche consiste à apprendre à reconnaître ce qui est là sans immédiatement le juger.

Cela ne signifie pas se laisser envahir.

Cela signifie pouvoir observer une émotion sans considérer qu’elle définit qui nous sommes.


Que signifie alors « libération émotionnelle » ?

Le terme libération émotionnelle peut désigner différentes approches selon les praticiens.

Il n’existe pas une définition unique qui corresponde à une méthode universelle.

Dans un sens général, on peut utiliser cette expression pour parler d’un travail visant à mieux identifier, accueillir et transformer certaines réactions émotionnelles qui restent difficiles à vivre.

Pour moi, l’intérêt d’une telle démarche n’est pas de promettre une disparition magique des émotions.

Une vie sans émotions serait d’ailleurs un projet assez étrange.

L’objectif peut plutôt être de retrouver davantage de liberté dans sa manière de les vivre.

Ressentir sans être submergé.

Se souvenir sans être systématiquement réactivé.

Pouvoir choisir sa réaction plutôt que la subir automatiquement.


Quelle place peut avoir l’hypnose ?

L’hypnose peut constituer un outil d’accompagnement intéressant dans ce type de démarche.

Elle permet notamment de travailler avec l’attention, les représentations mentales, les associations et certains automatismes.

Dans un état hypnotique, certaines personnes accèdent plus facilement à une observation différente de leurs expériences et de leurs réactions.

L’objectif n’est pas de rechercher systématiquement un souvenir caché.

Il n’est pas non plus de convaincre la personne qu’un événement passé est nécessairement la cause de son problème actuel.

C’est un point essentiel.

Un souvenir qui apparaît pendant une séance n’est pas automatiquement une preuve historique.

La mémoire humaine est complexe et peut être influencée par de nombreux facteurs.

Un accompagnement responsable doit donc respecter cette complexité.


Et lorsqu’on travaille sur une émotion ancienne ?

Une démarche d’accompagnement peut consister à partir de ce qui se passe aujourd’hui.

Quel est le déclencheur ?

Que ressentez-vous ?

Quelles pensées apparaissent ?

Que faites-vous automatiquement ?

Qu’essayez-vous d’éviter ?

De quoi avez-vous besoin dans cette situation ?

Ce travail permet parfois de déplacer le regard.

Au lieu de chercher absolument :

« Quel événement passé a créé mon problème ? »

on peut explorer :

« Comment ce mécanisme fonctionne-t-il aujourd’hui ? »

Cette deuxième question est souvent beaucoup plus concrète.

Parce que c’est dans le présent que nous pouvons expérimenter de nouvelles façons de réagir.


Le regard de Frédéric Blanc

Lorsqu’une personne me dit :

« Je voudrais simplement ne plus ressentir ça. »

je comprends parfaitement sa demande.

Mais je préfère souvent aller un peu plus loin.

Parce qu’une émotion n’est pas forcément un ennemi à éliminer.

Elle peut signaler quelque chose.

Elle peut révéler un besoin.

Elle peut indiquer une limite dépassée.

Elle peut être associée à une expérience passée.

Ou simplement correspondre à une réaction humaine normale dans une situation difficile.

Mon travail consiste donc moins à « effacer » une émotion qu’à accompagner la personne dans une meilleure compréhension de ce qui se passe pour elle.

L’objectif est de retrouver de la liberté.

Plus de choix.

Plus de recul.

Plus de capacité à vivre le présent sans être systématiquement ramené à une ancienne réaction.


Comment commencer à observer ses émotions ?

Vous pouvez déjà faire une expérience très simple.

La prochaine fois qu’une réaction émotionnelle importante apparaît, notez quatre éléments :

1. La situation

Qu’est-ce qui vient de se passer ?

2. La sensation

Que se passe-t-il dans votre corps ?

3. La pensée

Qu’est-ce que votre esprit vous raconte immédiatement ?

4. La réaction

Qu’avez-vous envie de faire ?

Fuir ?

Contrôler ?

Vous justifier ?

Vous isoler ?

Attaquer ?

Chercher à être rassuré ?

Cette observation permet de commencer à voir le mécanisme dans son ensemble.

Et parfois, ce que l’on croyait être une émotion incompréhensible devient progressivement beaucoup plus lisible.


À retenir

  • Une émotion n’est pas littéralement « stockée » dans le corps comme un objet.

  • Une réaction émotionnelle peut cependant continuer à être déclenchée longtemps après un événement.

  • Nos expériences passées participent à la manière dont nous interprétons certaines situations présentes.

  • Les émotions peuvent s’accompagner de réactions corporelles réelles.

  • Comprendre intellectuellement une situation ne suffit pas toujours à modifier une réaction automatique.

  • La « libération émotionnelle » peut désigner différentes approches et ne doit pas être présentée comme une promesse de guérison instantanée.

  • L’hypnose peut être utilisée comme outil d’accompagnement de certains automatismes et fonctionnements émotionnels.

  • Une démarche sérieuse respecte la complexité de la mémoire et évite de transformer automatiquement un souvenir en explication certaine.

  • L’objectif n’est pas de ne plus ressentir, mais de retrouver davantage de liberté face à ce que l’on ressent.


Questions fréquentes

Une émotion peut-elle rester bloquée pendant des années ?

L’expression « émotion bloquée » est couramment utilisée pour décrire une émotion qui semble revenir ou une réaction qui persiste. Sur le plan psychologique, il est plus précis de parler de réactions, associations ou mécanismes émotionnels qui peuvent continuer à se déclencher.

Pourquoi une situation ancienne peut-elle encore me faire réagir ?

Certains souvenirs et certaines expériences sont associés à des émotions, des sensations et des apprentissages. Une situation actuelle présentant des ressemblances peut parfois réactiver une réaction acquise précédemment.

Peut-on ressentir une émotion dans le corps ?

Oui. Les émotions peuvent s’accompagner de nombreuses réactions corporelles. Toutefois, un symptôme physique ne doit pas être automatiquement attribué aux émotions.

Est-ce que refouler ses émotions les fait disparaître ?

Pas nécessairement. Mettre une émotion de côté peut parfois être une stratégie utile à court terme, mais certaines difficultés peuvent apparaître lorsqu’une personne ne parvient plus à reconnaître ou à exprimer ce qu’elle ressent.

Qu’est-ce que la libération émotionnelle profonde ?

Cette expression peut désigner différentes pratiques d’accompagnement. Elle n’a pas une définition unique et ne correspond pas à une technique universelle. Il est important de se renseigner sur l’approche réellement utilisée par le praticien.

L’hypnose peut-elle aider à travailler sur une émotion ancienne ?

L’hypnose peut être utilisée comme outil d’accompagnement sur certaines réactions émotionnelles, représentations et automatismes. Elle ne garantit pas la disparition d’une émotion et ne remplace pas une prise en charge médicale ou psychologique lorsque celle-ci est nécessaire.

Faut-il retrouver un souvenir d’enfance pour aller mieux ?

Non. Il n’est pas nécessaire de retrouver un souvenir précis pour travailler sur une difficulté actuelle. Chercher systématiquement une cause cachée peut même conduire à des interprétations incertaines.


En conclusion

Certaines émotions semblent revenir de très loin.

Mais peut-être ne reviennent-elles pas vraiment.

Peut-être est-ce plutôt une ancienne façon de réagir qui se réactive dans une situation nouvelle.


Cette distinction change beaucoup de choses.

Parce que si vous imaginez qu’une émotion est enfermée quelque part en vous depuis vingt ans, vous pouvez avoir l’impression qu’il faut absolument la retrouver et la faire sortir.

Alors que si vous observez un mécanisme qui se déclenche aujourd’hui, vous pouvez commencer à travailler avec lui.

Dans le présent.

Sans nier votre histoire.

Sans chercher à effacer vos émotions.

Et sans considérer que quelque chose est forcément « cassé » en vous.

Votre histoire vous a construit.

Mais elle n’est pas obligée de décider de toutes vos réactions futures.

Comprendre ce qui se passe est souvent le premier pas vers davantage de liberté.



Vous souhaitez échanger sur votre situation ? Je vous accueille à Saint-Girons en Ariège ou à distance pour un premier contact.



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